Chasseur de matériaux

Pour enrichir sa matériauthèque, le fondateur de MatériO’ parcourt le monde. Si la cuisine s’appuie sur de bons produits, l’industrie innovante a besoin de matériaux qui le sont tout autant.

Sous la verrière de son showroom parisien, Quentin Hirsinger déplie avec enthousiasme le papier de soie emballant un échantillon reçu le matin même. Il en sort un minuscule tronçon de fibre optique chauffée qui, appliqué sur une surface, produit un effet loupe. « Quand mes abonnés de l’horlogerie vont voir ça, ils vont adorer ! », s’exclame l’homme de 50 ans aux yeux bleus perçants. Les abonnés, ce sont ceux de sa matériauthèque, MatériO’, une base de données en ligne recensant plus de 8 000 références, que l’on peut aussi voir, sentir et toucher dans l’un des showrooms de la société en France et à l’étranger. Des bois en coquille d’arachide, des polymères en sang de vache, des verres traités avec des pigments thermochromes, des broderies de LED, des tissus en fibres de carbone colorées ou d’autres encapsulant des paraffines à changement de phase…

Au service de la créativité

Cette année, Quentin Hirsinger va ouvrir une antenne en Corée du Sud et à Shanghai, tandis qu’avec sa collaboratrice, Élodie Ternaux, il multiplie les sessions de formation et de conseil. Autour de lui, accrochés sur des portants, dans de petites pochettes transparentes soigneusement étiquetées, les milliers d’échantillons sont comme autant de promesses de produits innovants… pour qui possède un peu d’imagination. Car l’objectif du fondateur de MatériO’, c’est de libérer la créativité. Son exemple parfait, c’est le formica, qui fut inventé au départ pour isoler les équipements électriques avant de connaître le succès que l’on sait dans le mobilier. Comme l’explique son ami, le Géo Trouvetou de la télévision, Jérôme Bonaldi, « tout le monde dit qu’il faut arrêter de travailler en silo, lui le fait. Il trouve des matériaux extraordinaires et dit : à vous d’inventer la vie qui va avec. » Grâce à lui, Foin, filiale d’Honeywell et fabricant de protections pour les travailleurs des abattoirs, a découvert de nouveaux marchés pour ses résilles métalliques. Bruno Frison, le responsable du département de l’entreprise dédié aux architectes d’intérieur, raconte : « On s’est rencontré au bon moment. Il m’a aidé à faire comprendre aux équipes que l’on avait un potentiel d’utilisation inexploité. » Parmi les 800 abonnés de MatériO’ figurent non seulement des architectes d’intérieur, mais aussi des entreprises comme PSA, Valeo, TAG Heur, Tarkett ou Louis Vuitton. McLaren a découvert chez MatériO’ le Rolatube, un ruban de plastique semi-rigide qui s’enroule dans la largeur ou la longueur pour former des tubes, utilisé à l’origine par l’armée britannique pour monter des mâts de télécommunication en campagne. Le constructeur s’en sert désormais pour ses paddles de compétition. « Decathlon a même envisagé d’en faire des bâtons de ski. Rouler ses bâtons dans la poche en fin de journée, ce serait génial, non ? », s’enthousiasme Quentin Hirsinger, père de trois garçons. Mais les usages, c’est le job de ses clients. Le sien, c’est la quête. Abonné à 400 flux RSS, il reçoit 1 000 alertes par jour et arpente les salons du monde entier. Ceux du médical, du textile ou des plastiques comme le Kunststoff. « Je parcours méthodiquement ses 13 halls, je suis malade à l’idée de rater un truc », explique ce maniaque. « Mon salon préféré et détesté, c’est Milipol. C’est horrible, il y a tout pour trucider son prochain et en plus on y croise Marine Le Pen ou Christian Estrosi… Mais on y découvre de vraies perles. Comme les matériaux mous qui durcissent au choc, utilisés pour les gilets pare-balles. »

Expert indépendant

Élodie Ternaux, sa collaboratrice, le qualifie d’obsessionnel. « Il a un œil incroyable. Son problème, c’est que malgré ses connaissances, il répugne à se revendiquer comme un expert. » Car Quentin Hirsinger, diplômé d’Assas en économie financière et management international – sa principale motivation à l’époque étant d’étudier à côté des terrains de tennis du jardin du Luxembourg –, ressent parfois le « syndrome de l’imposteur ». Il n’est ni ingénieur ni designer, mais après six ans de travail sur la matériauthèque de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, il a lancé sa propre structure en 2000, grâce au soutien financier d’un industriel de la plasturgie, feu Yvon Poullain. « Son père Noël », reconnaît-il.

 

En quinze ans, il a acquis la maîtrise de la grammaire des matériaux et de leur cycle de vie. Rien ne l’énerve plus que les gens qui arrivent en disant : « Bon, ils sont où vos matériaux écolos ? », et ceux qui pensent que « le bois, c’est bien ; le plastique, c’est méchant ». Un plastique longue durée et entièrement recyclable pour un réservoir d’essence, « c’est bien, affirme-t-il. Même si un tableau de bord en bambou, c’est plus vendeur ». Son combat, c’est l’indépendance par rapport aux fabricants de matières. « Je ne suis pas exhaustif. Je choisis avant tout des matériaux avec des fonctionnalités spécifiques. » Dans sa volonté de tout rationaliser, il en oublie de mentionner un ingrédient évident lorsqu’on le rencontre, la passion de son travail. Le site internet de MateriO’ l’indique bien : c’est « la seule matériauthèque faite avec de l’amour ».

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