La micro-usine 4.0 au service de la montre personnalisée

L’Industrie 4.0 n’est pas seulement une évolution technologique mais une révolution culturelle, qui est en train d’inverser les chaînes de valeur. Une opportunité à saisir pour l’industrie horlogère suisse.

Quand vous achetez une montre à plusieurs milliers de francs, il y a une chose que vous ne souhaitez pas forcément, c’est que votre voisin ait la même. Une montre peut devenir une Porsche à votre poignet. Dans l’horlogerie comme dans l’automobile, la tendance est à la customisation ou, pour parler français, à la personnalisation. Les commandes de modèles uniques remontent aux débuts de l’horlogerie, mais elles n’étaient alors le fait que des plus riches. Il est aujourd’hui possible à quiconque de configurer sa propre montre sur Internet. Sur certains sites, on peut choisir la forme et la couleur de la boîte de montre, du bracelet, des aiguilles ou du cadran. Il est également possible d’importer une photo et un texte de son choix. La sélection terminée, votre montre personnalisée s’affiche à l’écran, ainsi que le prix, et il ne vous reste plus qu’à valider la commande, qui sera livrée en quelques jours.

La personnalisation touche également le haut de gamme. Plus on monte dans les prix, plus on veut un produit unique. Des sociétés de personnalisation horlogère proposent des variations sur différents modèles haut de gamme. Sur leur simulateur du site, il est ainsi possible de sélectionner le modèle de choix, puis de modifier la couleur des aiguilles, des appliques, du cadran, etc. Ces modèles ne sont toutefois plus garantis par le fabricant mais par la société qui les a personnalisés.

Le problème du sur-mesure, c’est le temps

Certaines manufactures ont compris qu’elles avaient intérêt à gérer elles-mêmes la personnalisation de leurs modèles, notamment pour que les déclinaisons de ceux-ci respectent les codes de la marque. Mais le problème du sur-mesure, c’est le temps. Selon la nature des modifications demandées, plusieurs semaines, voire de nombreux mois, peuvent s’écouler entre le moment où le client passe commande de sa montre personnalisée et celui où il la reçoit. Or, souvent, l’acheteur n’est plus prêt à patienter si longtemps avant de recevoir le modèle arborant le blason familial qu’il a prévu d’offrir à son fils à l’occasion de sa communion.

Parfois, les clients peuvent attendre quelques mois pour des modèles d’exception, mais la tendance est au raccourcissement du délai entre la commande et la livraison. Le rêve de nombreux clients serait que leur montre personnalisée se construise sous leurs yeux, en magasin. L’expérience client n’en aurait que plus de valeur. La transition industrielle qui est en marche va permettre de réduire considérablement ces délais et de commercialiser des produits uniques, répondant aux besoins et envies de chaque client, à des prix comparables à ceux d’une production de masse. L’Industrie 4.0 va renverser le business model actuel. Des modèles B2B et B2C1 déconnectés, on va passer à un modèle C2B2B2 interconnecté. Dorénavant, c’est le client qui déclenchera tout le processus de production horlogère et cela influencera fortement les logiques et les moyens industriels à mettre en œuvre pour y parvenir. Demain, les usines seront interconnectées et implantées là où il faut. La digitalisation permettra d’avoir accès en temps réel aux bonnes informations au bon moment, et les moyens de production seront agiles et adaptatifs. Cela permettra d’éviter les stocks intermédiaires dus à une logique de production basée sur des tailles de lots importantes et des moyens de production souvent peu adaptés. Toute la chaîne de valeur aura été revisitée pour obtenir des composants et des produits finis bons du premier coup, sans appairages et sans stocks.

Adidas a franchi le pas

L’équipementier sportif Adidas a déjà franchi le pas, en montant une « Speedfactory » à Ansbach, en Allemagne. En octobre dernier, il a dévoilé le premier modèle de chaussure sorti de cette micro-usine pilote, un modèle dont on peut choisir la couleur des différentes parties (semelles, lacets, etc.) sur le site Internet de l’équipementier. La Speedfactory utilise un processus automatisé et flexible qui permet de fabriquer des chaussures de sport personnalisées, dans des délais très courts, là où le consommateur se trouve. Autre avantage, ce type de production est conçu pour avoir un impact très faible sur l’environnement, en limitant les transports de marchandises, la consommation d’énergie et l’utilisation de certaines matières. D’ici à la fin de la décennie, de telles micro-usines vont probablement aussi voir le jour dans le domaine de la production microtechnique.

De la micromachine à la micro-usine 4.0

L’objectif est maintenant de passer de la micromachine à la micro-usine. Ce passage se traduira par une baisse sensible des charges d’exploitation liées aux coûts de fonctionnement. Les micro-usines seront nettement plus respectueuses de l’environnement, en consommant beaucoup moins d’énergie et en freinant le mitage du territoire. Elles permettront peut-être même de diminuer le trafic pendulaire, si elles se déploient dans les zones désindustrialisées mais interconnectées en véritable tissu industriel communicant. L’interconnexion des moyens de production, liée à l’Internet des objets, rend une telle décentralisation de la production microtechnique tout à fait réaliste. On peut même aller jusqu’à imaginer la résurgence de paysans horlogers dans nos campagnes.

Source : SSC, Bulletin No 83.

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