Le mouvement «nano» du futur

Une marque horlogère chaux-de-fonnière affirme être entrée dans une «nouvelle ère de la mécanique». Son laboratoire de recherches a trouvé le moyen de simplifier et de miniaturiser considérablement les mouvements horlogers.

Ce début d’année, Robert Greubel et Stephen Forsey ont rendu public un nouveau concept baptisé «Mécanique-nano». Une technologie qui, à en croire les deux compères, marquerait «un nouveau chapitre dans l’histoire horlogère».

De 3 à 180 jours de réserve de marche

Concrètement, ils sont partis d’une réserve d’énergie traditionnelle (le barillet) et sont arrivés à l’affichage traditionnel (les aiguilles) mais toute la mécanique intermédiaire du mouvement a été repensée. «Ce n’est pas juste une miniaturisation. C’est carrément un nouveau langage, de nouvelles formules», martèle Robert Greubel.

Les détails de cette technologie restent pour l’heure inconnus. «Nous ne pouvons pas encore montrer tout ce qu’il y a à l’intérieur de cette boîte noire pour des raisons de brevets», regrette Stephen Forsey. Mais les fruits de cette découverte tiennent déjà en une poignée de chiffres. De 3 jours, le même barillet peut désormais faire fonctionner une montre durant 180 jours. La petitesse du mécanisme offre 90% de volume supplémentaire dans le boîtier. Et trois fois moins de composants sont nécessaires pour mettre en place ce dispositif. Stephen Forsey résume: il est devenu possible de faire vivre un mécanisme horloger «en exploitant exclusivement la force délivrée par un courant d’air à l’intérieur d’un mouvement».

«Révolution mécanique au sens large»

Cette «mécanique-nano» a été développée ces dix dernières années par EWT – «Experimental Watch Technology», un laboratoire de recherches et développement interne à Greubel Forsey aux 108 employés – pour un coût de plusieurs millions de francs. Un premier garde-temps fonctionnant avec ce dispositif sera présenté «dans un avenir proche». Mais l’objectif est désormais aussi d’intéresser d’autres marques aux volumes plus importants (Greubel Forsey ne vend qu’une centaine de pièces par année) voire même d’autres industries.

«Le potentiel de cette mécanique-nano est immense. Cela dépasse l’horlogerie; c’est une révolution mécanique au sens large. Ces dernières années, notre industrie allait grappiller des innovations chez d’autres; la tendance pourrait maintenant s’inverser», se réjouit Robert Greubel.

Un chemin «encore long»

«Au niveau du gain de place et de l’efficacité de la pièce, c’est extrêmement prometteur», confirme Olivier R. Müller, consultant horloger qui a approché ce nouveau dispositif durant le SIHH. Mais il met en garde: «Quand on est dans ce registre d’innovation révolutionnaire, de rupture, il faut qu’il y ait une utilité pour la grande série. Pour l’heure, nous en sommes encore au niveau du prototype et le chemin devant Greubel Forsey est encore long.»

Un avis partagé par la plupart des spécialistes interrogés sur cette innovation. Mais l’excellente réputation dont jouit la marque Greubel Forsey dans l’industrie – tant pour la fiabilité que pour la qualité de ses montres – est un gage de sérieux. «Ce ne sont pas des beaux parleurs. Et ils ont largement assez de compétences à l’interne pour mener ce projet à bien», estime Olivier R. Müller.

Source : Le Temps

 

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