Le spécialiste métier : chahutée par la digitalisation ?

Les responsables de la digitalisation veulent changer le monde car, pensent-ils, l’information à leur disposition pourra leur permettre de mettre à plat les processus de fabrication. Utopie ou réalité imminente ? Alors que les robots faisaient peur aux cols bleus, ce sont aujourd’hui les métiers d’ingénieurs, de cadres moyens, de chefs d’équipe, de médecins, banquiers et assureurs, pour ne prendre que quelques exemples, qui voient leurs activités totalement bouleversées par la digitalisation du savoir.

Aujourd’hui dans la plupart des métiers, et ceux liés à l’amélioration de la qualité ne font pas exception, lorsqu’il s’agit de résoudre un problème ou de répondre à une question, trois pistes sont habituellement utilisées :

  • Le recours au spécialiste métier
  • L’intelligence artificielle
  • Les réponses des réseaux

Finalement, quelle place restera-t-elle encore pour le spécialiste métier soudainement mis en compétition avec un savoir universel à la portée des robots comme des humains ?
Si le savoir n’est plus forcément l’élément déterminant détenu par le spécialiste, on observe que ceux-ci développent leurs capacités à tenir des rôles particuliers pour résoudre des problèmes et intervenir en cas de déviation de la norme. Cela pourrait-il être une des raisons pour l’explosion des spécialistes indépendants observée dans certaines industries ? Les experts d’aujourd’hui deviendront-ils tous des facilitateurs de la qualité chahutée, des coaches de la digitalisation, des dépanneurs de l’intelligence artificielle, ou des organisateurs d’usines digitales de fabrication ? L’avenir le dira.

Aucune innovation technologique ne s’impose en raison de sa plus grande utilité mais bien en raison de la plus grande valeur sociale qu’elle rend à ses utilisateurs. Valeur monétaire ou de prestige dans un cadre de reconnaissance donné. Une innovation en rupture avec la mentalité de son époque se développe à peine. Dans le cadre d’une société individualiste en rupture de lien et d’approbation sociale, Facebook est assurément une innovation qui confère de l’acceptation. Mais cela vaut-il valeur? Et pour qui?

A aucun moment, les arts mécaniques ne se sont développés dans la Rome impériale alors que leurs principes étaient connus. Et ce ne sont pas les constructions grandioses qui ont manqué. Les machines mécaniques n’avaient aucune valeur dans une société qui voyait la marque distinctive du statut social dans le nombre d’esclaves et l’entendue de la clientèle personnelle acquise par les conquêtes militaires. Bielles, manivelles, engrenages et vis sans fin ne seront développés qu’à partir de 12ème siècle. Une époque où le travail se spécialise fortement dans une société qui manifeste son unité idéologique par l’édification compétitive des grandes cathédrales.

Les premières machines à vapeur ont été utilisées au 18ème siècle dans les mines anglaises. Pompes, ascenseurs et voies ferrées ont été vus comme les marques du succès dans une société qui, la première, accorda du prestige à la valorisation de l’investissement privé. A la même époque, la France aux derniers temps de l’absolutisme ne reconnait que les pensions royales comme marques du prestige social et ses aristocrates voient les activités technologiques avec mépris.  Pourtant, nombres des plus grands mathématiciens, physiciens et chimistes de cette époque étaient français.

C’est bien du sens de la reconnaissance sociale dont dépend l’accueil d’une nouvelle technologie. Et le discours un brin vengeur de Mark Zuckerberg pourrait s’avérer contre-productif auprès de ceux qui attendent de Facebook autre chose qu’une prophétie de déchéance. C’est là le paradoxe sociologique d’une innovation : utiliser un besoin de plus grande valeur sociale pour produire une subversion inattendue. A son époque, Galilée n’a pas seulement publié des idées critiques et hautement provocatrices sur lesquelles s’appuie la physique moderne. Il a aussi promis à Cosme II de Médicis, son mécène, de nommer de son nom les étoiles qu’il découvrirait grâce à l’invention d’une nouvelle optique de télescope, autrement dit, une forme d’éternité. Les « médicéens » désignent aujourd’hui encore les satellites visibles de Jupiter.

Quelle promesse de plus grande valeur une montre peut-elle donc bien apporter ?  Le succès des montres au 19ème siècle aura prolongé  la nécessité individuelle de de se déterminer dans une cadre spatio-temporelle de plus en plus précis ? À cet aune, l’emploi du silicium produira-t’il une telle subversion ou restera-t’il un brillant développement technique ? A quand donc un instrument horaire qui prolongea l’état psychosocial de celui qui le porte et confortera son insertion dans une société dématérialisée jusque dans ses rapports sociaux ? On connaît déjà des alerteurs de fatigue, de stress, d’activité cardio-vasculaire, de coma  et d’extase, fondés sur des capteurs issus des nanotechnologies. Un monde de réalités augmentées peut être plus proche des montres qu’on ne le pense.

Source : adapté et complété d’après ARIAQ

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